Birmanie, le Bilan 5


Même si nos avis différents, nous sommes tous les deux d'accord sur un point : 28 jours, c'est beaucoup trop court ! Pour nous, la Birmanie aura eu un effet de dépaysement inattendu. En effet, au bout de 6 mois passés en Asie, on s'étonne de moins en moins des coutumes même si nous sommes toujours contents de faire des bilans et de remarquer de nouvelles surprises à chaque pays. Ici, c'est tout autre chose, la culture asiatique touche à ses limites et nous sommes à la fois baignés d'influences asiatiques bien sur mais aussi indiennes, pakistanaises et bien sur qu'elle que chose d'unique ; birmane ! Celle là, c'est certain, nous ne la retrouverons nul part ailleurs. C'est pour cela que dans notre premier article nous faisions un parallèle avec notre sentiment de dépaysement à notre arrivée en Mongolie. Il y a des repères que nous ne retrouvons nul part ailleurs parce qu'ils sont propres au pays. Avec un peu de recul, la Mongolie, la Birmanie ont un goût unique. On va essayer de vous expliquer au mieux.

Comme d'habitude, voici un aperçu de notre itinéraire. Si c'était à refaire, nous ferions différemment c'est certain, mais ce que nous n'avons pas pu prévoir, ce sont les aléas de la « maladie », et comme tous les voyageurs que nous avons rencontré, elle ne nous aura pas épargné ici...

La Birmanie : des chocs visuels et colorés

Une de nos première surprise en arrivant aura été de voir des hommes en « jupe ». En fait, la Birmanie est un des rares pays au monde ou les habitants portent l'habit traditionnel, le longyi. Il s'agit d'une pièce de tissu cousue en tube, nouée différemment par les hommes et les femmes. Il se porte en toute circonstance et par tout le monde : banquiers, ouvriers sur un chantier, relevé pour jouer au foot... C'est LA pièce à avoir dans sa garde robe. Une autre mode esthétique : le tanaka est un produit de beauté utilisé par tous depuis 2 000 ans. On l'obtient en frottant une écorce de tanaka sur une pierre plate, ce qui donne une pâte à étaler sur le corps. Utilisé sur les hommes, les femmes, les enfants, cela donne parfois l'impression de peintures corporelles ou de masques. On en a fait les frais et cela nous a valu encore plus de sourire de la part des birmans !

Si l'on veut évoquer les couleurs birmanes, on doit obligatoirement vous parler du ciel. Non, nous ne sommes pas fous, mais on ne sait pas pourquoi ni comment mais ici le ciel est différent et c'est sûrement pour cela que l'on a assisté à autant de coucher de soleil. Il se teinte de couleurs magnifiques où que l'on soit. Au bord d'une route en attendant que notre chauffeur finisse sa soupe de nouille, le ciel est orange à 18h. Dans la campagne en allumant les bougies pour dîner, il se dégrade du bleu au rouge. Avec une bière devant le pont U Bein, il est rose ! Le ciel à lui même est photogénique on vous assure !

Une hospitalité hors norme

Tout ceux qui visitent la Birmanie sont unanimes : l'accueil est inoubliable. La gentillesse semble être un trait de caractère commun, au point de parfois nous désarmer. Si nous ralentissons notre démarche en flannant dans les rues de la ville, plusieurs personnes s’arrêtent pour nous demander « do you need help ? », « Where do you come from ? ». A cause de leur isolement, la plupart des birmans font preuve d'une curiosité totalement désinteressée et malgré leur conditions de vie difficile ils font preuve d'une remarquable joie de vivre. Un homme a payé notre déjeuner au restaurant juste après avoir croisé notre regard, d'autres nous ont régulièrement invité à partager le thé avec eux. Dans tous les transports que nous avons pris, nos voisins mettaient un point d'honneur à nous faire découvrir ce qu'ils avaient dans leur assiette... Sans compter les nombreux sourires que nous avons récolté et les questions marquant un intérêt très sain. Les birmans, on ne peut QUE les aimer !

Un autre exemple de l'hospitalité birmane , ce sont ces gros pots de céramiques disposés partout dans les villes et à la campagne.Ils sont remplis d'eau fraîche par les habitants qui la mettent à disposition des passants qui auraient soif !

Une religion omniprésente

La Birmanie est un pays bouddhiste et cela saute aux yeux. Cela en soi, nous l'avions beaucoup remarqué dans d'autres pays mais ici cela prend une part très importante dans nos visites et découvertes.

Imaginez, que les processions de nonnes et bonzillons débutent tôt le matin. Ils vont, pieds nus, armés de leur bols à offrande récolter leur déjeuner et des espèces. A la limite du racket organisé vu le nombre de demandes, il s'agit en réalité d'un acte de charité de la part du moine qui permet ainsi au donateur d'accumuler des mérites. Cela fait partie du quotidien local et on n'a fini par ne plus être surpris de voir des bonzillons courir accueillir les visiteurs des monastères et temples en faisant sonner leurs espèces sonnantes et trébuchantes dans leur bols d'offrande.

Comme nous vous l'avons raconté, nous avons eu la chance de pouvoir passer une nuit dans un monastère entre Kalaw et Pindaya et aussi de rencontrer un moine très pédagogue à Bagan. La vie d'un moine est organisée autour de 227 règles (plus 8 pour les femmes) et de la méditation.

En plus du bouddhisme, la Birmanie compte bien sur une communauté catholique, musulmane, hindoue...mais beaucoup moins visible. D'ailleurs, à Yangon, en recherchant un mystérieux inconnu qui avait payé à déjeuner, nous sommes rentrés dans deux églises de la ville. Il s'agit plutôt de bâtiments délabrés et cloisonnés.

Elles sont fermées par des grilles et barbelés et protégées par des gardiens. Il est aussi pas rare d'entendre « celui là c'est un mauvais garçon, il est musulman... ».

Mais cela c'est une autre histoire, et un autre chapitre...

Un pays en évolution

Et c'est probablement pour cela que nos avis différent. Certaines personnes optent d'ailleurs pour le boycott du pays dans la mesure où y voyager reviendrait d'après elles à cautionner son régime peu recommandable. Dès lors que l'on décide d'y mettre les pieds, comment envisager le voyage en sachant cela ? En effet, la plupart des entrées d'argent (taxes de 12% sur toutes les ventes, entrées de sites payants...) profitent directement au gouvernement. Nous avons donc fait en sorte de gérer la plupart de nos dépenses d'argent avec ce critère en tête tout en estimant que notre façon de voyager ici comportait plus d'avantages que d'inconvénients.

 

Lors de notre voyage, le 29 janvier, un conseiller d'Aung San Kyi, Ko Ni, a été assassiné à l'aéroport de Yangon... A cette même période, quelques journaux étrangers faisaient remonter les conséquences des opérations lancées par l'armée birmane à l'encontre des Rohingyas depuis le mois d'octobre : assassinats, fuite forcée, destruction de camps... Nous maitrisons bien mal le sujet mais force est de constater que malgré les dernières élections, l'armée reste toute puissante en Birmanie. Et ce n'est que la minuscule face émergée de l'iceberg... On vous laisse faire les curieux de votre côté!

 

Une autre époque

Dans un contexte ou le gouvernement s'est socialement désengagé, les birmans sont régulièrement sollicités pour faire des donations. Au bord des routes par exemple, des hommes et des femmes agitent des bols métalliques et les voitures de passages jettent parfois quelques kyats pour contribuer aux travaux.

Infrastructures pas ou peu fonctionnelles, accès difficile à l'eau et à l’électricité... Dans les campagnes, on a régulièrement l'impression d'avoir fait un saut vers le passé tant les conditions de vie nous dépassent. Les hommes dirigent une charrette à bœufs pour aller travailler dans les champs ou chercher l'eau (un cigarillo au bec), les femmes avec d'énormes paniers chargés sur leur têtes font sécher les récoltes devant la porte tandis que les enfants jouent à la toupie. Des inégalités et des moyens comme ceux là on en a déjà vu dans d'autres zones rurales et d'autres pays...Mais ici on a tous les deux l'impression qu'il n'y a pas eu de transition entre les soirées à la bougie et l'arrivée des smartphones en charge sur le générateur. C'est tout en rien et à plusieurs vitesses...et on se demande comment cela peut évoluer...

Quelques brèves pour la route :

  • A Yangon les scooters sont interdits pour limiter le risque d'attentats en deux roues. C'est donc une des rares villes d'Asie ou l'on ne croise que des voitures.

  • En Birmanie la conduite est à droite. Pourtant, le volant de tous les véhicules est à droite aussi. Au début, ça surprend !

  • La noix de bétel  (ou d'arec) à mastiquer est en vente partout. Des écorces, du tabac et du ciment pour fermer une feuille et le tour est joué. Véritablement addictif, tout le monde en use et en abuse. Cela teinte les dents en rouge et fait cracher de cette couleur également. Pas très ragoutant de slalomer entre les flaques rouges sang et de répondre à un beau sourire de vampire...

  • Le chilon est un sport que l'on voit pratiqué partout. Il s'agit de se renvoyer une balle en rotin qu'il faut garder en l'air sans toucher avec les mains.

  • Quand on tend quelque chose à quelqu'un, il convient de poser sa main gauche sur l'avant bras droit (tendu) en signe de respect.
  • Pas de vêtements au dessus du genoux ni de T-shirts aux fines bretelles savamment étudiés! Encore plus flagrant qu'au Laos, ici on ne se "dénude" pas.

Beaucoup de blabla dans cet article (merci aux courageux qui ont tout lu), mais comme vous le voyez, la Birmanie ne peut pas laisser indifférent. Si c'était à refaire, nous partirions d'avantage vers des villes comme Sittwe ou Hpa An pour varier les plaisirs. La limite du temps, les trajets difficiles nous ont découragé...mais il faut bien en laisser pour une prochaine fois !

 


Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

5 thoughts on “Birmanie, le Bilan

  • borglevens

    Coucou

    Vos articles sont vraiment agréables à lire j ai l impression de voyager avec vous. Bonne continuation et à bientôt bises à vous deux.

  • Alexandra

    Bonjour

    Merci pour vos articles sur Birmanie, je les ai dévoré à la suite.

    Cela donne en effet très envie d’y aller (je ne reviendrai sur le débat vis à vis du gouvernement).

    Je vous envie tout particulièrement pour la rencontre du moine bouddhiste. Très certainement un moment unique.

    A bientôt pour la Thaïlande !

    Bises

    A et B

    Ps : Les affaires confiées à Adeline sont bien arrivées chez nous avec la boite 🙂

    • Elise

      Coucou,
      Oui malgré toutes les questions que l’on peut se poser sur le gouvernement, je pense sincèrement que cela vaut le coup d’y aller; ne serait-ce pour les habitants. Oui le moine bouddhiste, c’est une de nos plus belles rencontres, on n’est pas prêt de l’oublier; nous avons littéralement bu ses paroles (même Nico!). Ca nous a donné envie d’en apprendre plus sur le bouddhisme, même si les histoires de Karma, on avait du mal à s’y faire. Agréable en tout cas de pouvoir parler de religion (même si pour lui le bouddhisme n’en est pas une), sans préjugé, tension, animosité!

      J’espère que le printemps s’installe tranquillement par chez vous.
      Bises

      PS: j’ai l’impression que tu as été désignée d’office pour garder mes affaires, merci 😉

      • Alexandra

        Bonjour

        Oui le printemps arrive bien, nous sommes passés à l’heure d’été aujourd’hui et nous avons fait bronzette sur notre balcon en t-shirt. C’était top….

        Aucun soucis pour tes affaires, ce n’est pas la place qu’elles prennent et il vaut mieux que tu ais tout au même endroit 🙂

        Bises

        Alex